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GEPP : définition, obligations et mise en place d’une démarche efficace

Corentin
3 septembre 2026
Table des matières

La GEPP est souvent présentée comme une grande cartographie des emplois et des compétences.

C’est justement ainsi qu’elle finit parfois dans un fichier que personne ne rouvre six mois plus tard.

Une démarche utile part d’une autre question : de quels emplois et compétences l’entreprise aura-t-elle besoin demain, et comment préparer dès aujourd’hui les parcours des collaborateurs ?

Pour les entreprises concernées par l’obligation de négociation comme pour celles qui s’engagent volontairement dans la démarche, l’enjeu est donc moins de produire un référentiel parfait que de construire un dispositif suffisamment simple pour rester vivant.

En résumé

  • La GEPP, gestion des emplois et des parcours professionnels, vise à anticiper l’évolution des emplois, des compétences et des parcours en fonction de la stratégie de l’entreprise.
  • Dans les entreprises et groupes d’au moins 300 salariés, l’employeur doit engager tous les trois ans une négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels et la mixité des métiers.¹
  • GPEC et GEPP restent aujourd’hui deux termes utilisés par le Code du travail : la négociation d’entreprise porte sur la GEPP, tandis que le texte relatif aux branches parle toujours de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences
  • Une démarche opérationnelle peut s’organiser en cinq temps : stratégie, besoins futurs, ressources disponibles, écarts, puis plan d’action.
  • La difficulté n’est pas de construire la première cartographie. C’est de la maintenir et de relier les constats aux entretiens, à la formation, à la mobilité et au recrutement.

GEPP RH : définition et périmètre

GEPP signifie gestion des emplois et des parcours professionnels.

Il s’agit d’une démarche d’anticipation qui met en regard les évolutions prévisibles de l’entreprise avec les emplois, les effectifs et les compétences dont elle dispose.

Concrètement, elle cherche à répondre à des questions très opérationnelles :

  • Quels métiers vont évoluer, apparaître ou devenir moins nécessaires ?
  • Quelles compétences deviendront critiques ?
  • Lesquelles sont déjà présentes dans l’organisation ?
  • Quels collaborateurs peuvent évoluer vers de nouvelles fonctions ?
  • Faut-il former, recruter, organiser une mobilité ou accompagner une reconversion ?

La GEPP ne consiste donc pas uniquement à prévoir des effectifs. Elle relie stratégie d’entreprise, compétences collectives et parcours individuels.

GEPP ou GPEC : quelle différence réellement ?

Les deux termes sont souvent présentés comme l’ancien et le nouveau nom d’une même démarche. Dans la pratique, cette lecture est utile mais un peu simplificatrice.

CritèreGPECGEPP
SignificationGestion prévisionnelle des emplois et des compétencesGestion des emplois et des parcours professionnels
FocaleEmplois et compétencesEmplois, compétences et trajectoires professionnelles
LogiqueAnticiper les besoins collectifsRelier davantage besoins collectifs et parcours
Dans le Code du travailLe terme subsiste notamment au niveau des branchesLe terme désigne la négociation organisée au niveau de l’entreprise
En pratiqueEncore très largement utiliséTerme à privilégier pour la démarche d’entreprise

Le Code du travail illustre bien cette coexistence : l’article L2242-20 encadre à l’échelle de l’entreprise une négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels, tout en prévoyant dans son contenu la mise en place d’un dispositif de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.¹

Au niveau des branches professionnelles, l’article L2241-12 utilise toujours explicitement l’expression GPEC.²

La vraie évolution est surtout dans la focale : on ne raisonne plus uniquement sur le stock de compétences dont l’entreprise aura besoin, mais aussi sur la manière dont les personnes pourront évoluer pour les acquérir.


GEPP : quelles obligations pour l’entreprise ?

Quelles entreprises sont concernées ?

L’article L2242-20 du Code du travail prévoit une négociation tous les trois ans dans :

  • Les entreprises et groupes d’entreprises d’au moins 300 salariés ;
  • Les entreprises et groupes de dimension communautaire concernés par le texte et comportant au moins un établissement ou une entreprise d’au moins 150 salariés en France

Le texte prévoit que la négociation porte notamment sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, les mesures d’accompagnement associées, les grandes orientations de la formation professionnelle à trois ans, certaines perspectives de recours aux différents contrats de travail et le déroulement de carrière des salariés exerçant des responsabilités syndicales.¹

Une précision importante : la loi impose d’engager la négociation, pas nécessairement de parvenir à un accord GEPP. Pour une PME ou une ETI située sous le seuil légal, rien n’interdit évidemment d’adopter volontairement une démarche plus légère.

Quel rôle pour les partenaires sociaux ?

La GEPP touche directement à l’évolution des métiers, aux mobilités, à la formation et parfois à des emplois susceptibles de se transformer fortement.

Il serait donc contradictoire de la construire uniquement dans un bureau RH. Dans les entreprises soumises à la négociation, les partenaires sociaux font partie du processus prévu par le Code du travail.

Au-delà de la conformité, leur contribution peut aussi faire remonter des réalités moins visibles dans un référentiel central : métier dont le contenu a déjà changé sur le terrain, charge nouvelle, compétence devenue indispensable ou passerelle professionnelle qui fonctionne déjà de manière informelle.


Pourquoi la GEPP est particulièrement stratégique en 2026

Les compétences évoluent vite

La question n’est plus seulement de remplacer les personnes qui partiront à la retraite.

Dans son Future of Jobs Report 2025, le World Economic Forum rapporte que les employeurs interrogés anticipent qu’en moyenne 39 % des compétences actuellement mobilisées par les travailleurs seront transformées ou deviendront obsolètes entre 2025 et 2030.³ 

Ce chiffre mondial ne prédit évidemment pas ce qui se passera dans chaque entreprise française. Il donne cependant une idée de la vitesse à laquelle certains référentiels peuvent perdre leur pertinence s’ils ne sont jamais actualisés.

L’entretien professionnel devient l’entretien de parcours professionnel

Le Code du travail prévoit désormais un entretien de parcours professionnel, notamment consacré aux compétences et qualifications du salarié, à leur évolution, aux transformations de l’entreprise, aux besoins de formation et aux souhaits d’évolution professionnelle.

Il est organisé tous les quatre ans pour le salarié restant dans la même entreprise.⁴ 

Cette évolution rapproche encore davantage l’entretien individuel de la logique GEPP : les aspirations exprimées par les collaborateurs ne devraient pas rester isolées des besoins futurs identifiés par l’entreprise.

Le 1er octobre 2026 constitue par ailleurs une échéance particulière pour les accords collectifs en cours de validité qui portaient sur la périodicité des entretiens professionnels : ils doivent intégrer le nouveau cadre prévu par l’article L6315-1.⁴

C’est une raison supplémentaire pour vérifier la cohérence entre votre démarche GEPP et les outils utilisés pour piloter vos campagnes d’entretiens et vos parcours professionnels.

La transparence salariale renforce l'enjeu de classification

La directive européenne 2023/970 repose notamment sur le principe d’un salaire égal pour un travail égal ou de valeur égale, avec des critères de rémunération objectifs et non discriminatoires.

Son délai de transposition par les États membres était fixé au 7 juin 2026.⁵ 

Pour les RH, cela renforce l’intérêt de disposer d’emplois correctement décrits, regroupés et comparables. Une classification floue rend beaucoup plus difficile l’analyse cohérente des rémunérations.

Les 5 étapes d’une démarche GEPP efficace

Une démarche GEPP peut vite devenir disproportionnée. Pour rester exploitable, chaque étape doit produire un livrable utilisable par la suivante.

Étape 1 : partir de la stratégie de l’entreprise

Objectif : comprendre ce qui va réellement changer.

Développement d’une activité, automatisation, ouverture d’un nouveau site, transition écologique, évolution du modèle commercial : les besoins futurs découlent d’abord de ces transformations.

Livrable : quelques scénarios stratégiques et les populations potentiellement concernées.

L’erreur classique consiste à commencer par cartographier 150 métiers avant même de savoir ce que l’on cherche. Sans cap, la GEPP devient un inventaire.

Étape 2 : projeter les emplois et compétences nécessaires

Livrable : une première projection des emplois et compétences critiques à deux ou trois ans.

Pour chaque activité prioritaire, demandez-vous ce qui devra être renforcé, créé, transformé ou progressivement réduit.

Il ne s’agit pas de prédire précisément l’organigramme futur. Une projection suffisamment fiable pour prendre des décisions vaut mieux qu’un scénario extrêmement détaillé qui sera obsolète au prochain changement stratégique.

Étape 3 : cartographier l’existant

C’est généralement la partie la plus lourde.

Référentiels métiers, fiches de poste, compétences détenues, expériences, formations suivies et éléments issus des entretiens permettent de comprendre les ressources disponibles.

Livrable : une cartographie exploitable des emplois et compétences actuels.

Le piège est de rechercher l’exhaustivité. Une matrice comportant 250 compétences évaluées une fois puis abandonnée apporte moins qu’un référentiel plus sobre réellement actualisé.

Étape 4 : mesurer les écarts

Il devient alors possible de rapprocher le futur souhaité de l’existant : Nous aurons besoin de 20 personnes capables de réaliser X.

12 maîtrisent déjà la compétence. 5 pourraient l’acquérir rapidement. Il reste un déficit probable de 3 profils. C’est à ce moment que la GEPP commence réellement à produire une décision.

Étape 5 : construire le plan d’action

Chaque écart peut donner lieu à différents leviers :

La GEPP n’est donc pas le plan d’action. Elle permet de décider quel levier utiliser, pour quelle population et dans quel délai.

Que contient un accord GEPP ?

L’accord éventuel traduit la négociation en principes, priorités et modalités applicables dans l’entreprise.

Selon le contexte, il peut notamment préciser les emplois ou compétences prioritaires, les mesures de formation, les conditions de mobilité, les orientations du plan de développement des compétences, les dispositifs d’accompagnement et les modalités de suivi.

Le Code du travail prévoit également qu’un bilan soit réalisé à l’échéance de l’accord.¹

Quand préparer la négocation ?

Évitez de commencer le diagnostic au moment où la première réunion est déjà fixée.

Un rétroplanning plus réaliste consiste à préparer plusieurs mois auparavant :

  1. Les orientations stratégiques à prendre en compte ;
  2. Les données disponibles sur les effectifs, métiers et compétences ;
  3. Le bilan de la période précédente ;
  4. Les transformations identifiées ;
  5. Les propositions de priorités et d’indicateurs.

La négociation gagne alors en substance : les participants discutent de choix et de trajectoires plutôt que de découvrir des tableaux le jour de la réunion.

Pourquoi les démarches GEPP finissent-elles parfois dans un classeur ?

Le référentiel est construit une fois

Une fiche métier peut être exacte le jour de sa rédaction et rapidement dépassée lorsque le métier évolue. Chaque entretien, recrutement ou formation devrait pouvoir enrichir progressivement la connaissance des compétences.

Sans mécanisme d’actualisation, la cartographie perd rapidement sa valeur.

Tout descend de la DRH

Une GEPP construite uniquement à partir de l’organigramme et de la stratégie oublie une donnée essentielle : ce que les personnes veulent et peuvent réellement faire.

Deux collaborateurs présentant des compétences proches n’ont pas nécessairement le même projet de mobilité.

Les entretiens et la formation vivent séparément

Un manager identifie un besoin pendant l’entretien. Le besoin apparaît dans un compte rendu. Trois mois plus tard, le plan de formation est construit dans un autre fichier.

Le problème n’est pas l’absence de données. C’est l’absence de continuité entre les processus.

La cartographie devient trop sophistiquée

Plus un référentiel comporte de métiers, niveaux, sous-compétences et critères, plus son coût de maintenance augmente.

La bonne cartographie n’est pas la plus détaillée. C’est celle que l’organisation peut réellement tenir à jour.

Personne ne mesure ce qui change

Si aucune donnée ne permet de savoir si les écarts diminuent, la GEPP devient invisible.

Le pilotage doit donc commencer dès la conception de la démarche.

Faire de la GEPP quand on n’y est pas obligé : une méthode allégée

Une entreprise de 150 personnes n’a pas besoin de reproduire le dispositif d’un groupe de 20 000 salariés.

Elle peut commencer par trois questions :

1. Quels emplois sont critiques pour les trois prochaines années ?
Identifiez les postes dont la pénurie, le départ d’un titulaire ou la transformation mettrait réellement l’activité en difficulté.

2. Avons-nous des solutions internes ?
Pour ces métiers uniquement, regardez les compétences disponibles, les successeurs potentiels et les souhaits de mobilité.

3. Quel plan d’action pour les écarts prioritaires ?
Formation, recrutement, transmission de savoirs ou mobilité. C’est une logique 80/20 : mieux vaut travailler sérieusement sur une dizaine d’emplois réellement stratégiques que cartographier toute l’entreprise sans capacité de maintenance.

Quel rôle pour un logiciel SIRH dans une démarche GEPP ?

Un SIRH devient réellement utile lorsque la méthode est définie et que l’entreprise sait quelles données elle doit relier.

Un logiciel SIRH peut notamment permettre de réunir :

  • Un référentiel d’emplois et de compétences actualisable ;
  • Les informations recueillies pendant les entretiens ;
  • Les souhaits d’évolution et de mobilité ;
  • Les besoins de développement ;
  • Les formations prévues et réalisées ;
  • Des indicateurs consolidés permettant de suivre les écarts.

C’est cette continuité qui compte. Une cartographie des compétences isolée dans un tableur reste une photographie. Reliée aux entretiens et à la formation, elle peut devenir un outil de décision.

Si vous êtes encore au stade du cadrage technologique, notre aide au choix d’un SIRH et notre panorama des outils RH permettent également de structurer le besoin avant de comparer les solutions.


Quels indicateurs suivre pour piloter sa GEPP ?

Inutile de créer trente KPI si personne ne les utilise.

IndicateurCe qu’il permet de suivreFréquence indicative
Couverture des compétences critiquesCapacité à répondre aux besoins prioritairesTrimestrielle
Taux de mobilité internePart des besoins couverts par des évolutions internesTrimestrielle / annuelle
Réalisation des entretiensQualité de la remontée des aspirations et besoinsSelon campagne
Besoins de formation couvertsPassage du diagnostic à l’actionSemestrielle
Postes critiques sans solution interne identifiéeNiveau de vulnérabilitéTrimestrielle
Évolution des compétences cibléesEffet réel des actions de développementSemestrielle / annuelle

L’indicateur le plus utile dépend du problème traité. Si le risque principal concerne dix départs à la retraite dans un métier technique, le nombre de successeurs préparés sera beaucoup plus éclairant qu’un taux global de mobilité interne.

FAQ - GEPP RH

Qu’est-ce que la GEPP en RH ?

La GEPP, ou gestion des emplois et des parcours professionnels, vise à anticiper les évolutions des emplois et compétences et à organiser les actions nécessaires pour adapter les ressources et accompagner les parcours professionnels.

Quelle différence entre GPEC et GEPP ?

Les deux notions restent proches. Dans le Code du travail actuel, la négociation au niveau de l’entreprise porte sur la gestion des emplois et des parcours professionnels, tandis que le terme GPEC demeure notamment utilisé pour la négociation au niveau des branches.¹,²

La GEPP est-elle obligatoire ?

La négociation sur la GEPP est obligatoire selon la périodicité prévue par le Code du travail dans les entreprises et groupes concernés, notamment à partir de 300 salariés. En dessous de ce seuil, une démarche GEPP peut être mise en place volontairement.¹

À quelle fréquence faut-il négocier la GEPP ?

À défaut d’aménagement conventionnel applicable, l’article L2242-20 prévoit une négociation tous les trois ans pour les entreprises concernées.¹

Quelles sont les étapes d’une GEPP ?

Une méthode simple consiste à partir de la stratégie, projeter les besoins futurs, cartographier les ressources actuelles, analyser les écarts puis construire un plan d’action mêlant formation, mobilité, recrutement ou reconversion.

Qui participe à une démarche GEPP ?

La DRH pilote souvent le dispositif, mais les directions métiers, managers, collaborateurs et représentants du personnel apportent des informations différentes et complémentaires. Une GEPP exclusivement descendante risque de passer à côté des réalités de terrain et des aspirations professionnelles.

Quel outil utiliser pour la GEPP ?

Le choix dépend du périmètre. Un SIRH devient particulièrement utile lorsqu’il permet de relier référentiels de compétences, entretiens, parcours, formation et indicateurs plutôt que de gérer chaque information dans un outil indépendant. Un bon dispositif GEPP ne cherche pas à prédire l’organisation dans cinq ans au collaborateur près. Il permet surtout de voir assez tôt les écarts qui méritent une décision et de vérifier ensuite si les actions engagées les réduisent réellement.

Vous voulez mieux relier compétences, entretiens et développement des collaborateurs ?

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Sources

1. Code du travail, article L2242-20, Légifrance. L’article précise les entreprises concernées, la périodicité triennale et le contenu de la négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels.

Consulter l’article L2242-20 sur Légifrance

2. Code du travail, article L2241-12, Légifrance. Le texte relatif aux branches professionnelles emploie toujours l’expression « gestion prévisionnelle des emplois et des compétences » et prévoit une négociation au moins triennale sur ce sujet.

Consulter l’article L2241-12 sur Légifrance

3. World Economic Forum, The Future of Jobs Report 2025, 7 janvier 2025. Enquête internationale auprès de plus de 1 000 employeurs représentant plus de 14 millions de travailleurs ; source du chiffre de 39 % concernant l’évolution attendue des compétences à l’horizon 2030.

Consulter le Future of Jobs Report 2025

4. Code du travail, article L6315-1, Légifrance. Texte en vigueur relatif à l’entretien de parcours professionnel, à sa périodicité, à son contenu et aux dispositions transitoires applicables aux accords collectifs existants au 1er octobre 2026.

Consulter l’article L6315-1 sur Légifrance

5. Parlement européen et Conseil de l’Union européenne, directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 sur la transparence des rémunérations. Le texte encadre notamment les critères de rémunération et le principe de travail égal ou de valeur égale.

Consulter la directive (UE) 2023/970 sur EUR-Lex







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